Traitement des cancers : des coûts stables pour des résultats considérables

Malgré les prix des médicaments considérés comme élevés, le coût du cancer en France reste relativement stable, soit 10% des dépenses de la sécurité sociale.

Annie Chicoye, économiste à l’ESSEC, explique, lors des Rencontres de la Cancérologie Française (RCFr) 2016, que le traitement du cancer et son économie ont considérablement évolué à cause du développement de la médecine de précision. Elle rappelle également que, malgré les prix des médicaments considérés comme élevés, le coût du cancer en France reste relativement stable, soit 10% des dépenses de la sécurité sociale.

Les dépenses de santé liées au cancer en France restent relativement stables
Nous nous dirigeons de plus en plus vers une médecine de précision qui bouleverse l’approche du traitement du cancer et son économie, puisque nous sommes sur des produits de niche et des petits marchés et dont l’usage sera de plus en plus efficient. Le cancer est une des pathologies en très forte hausse dans le monde, en particulier dans le monde émergent, à cause du vieillissement de la population, du style de vie. Ce marché est global, ce qui explique que 40% du portefeuille des laboratoires est consacré à l’oncologie. Nous avons, aussi, un marché presque spéculatif venant récompenser les risques autour des molécules les plus prometteuses, avec des accords de licence entre innovateurs et grands laboratoires qui ont la capacité de les commercialiser dans le monde et d’en finaliser le développement. Ces innovations constituent un véritable espoir pour les malades et, quoi que les prix des anticancéreux soient considérés comme élevés, le coût du cancer en France représente 10% des dépenses d’assurance maladie, soit 16 milliards d’euros. Il y a une relative stabilité sur cette part de dépenses alors que les résultats en terme de santé, de vies sauvées, de réduction de la lourdeur des traitements, de développement des traitements en ambulatoire, de la baisse de la toxicité…, sont considérables.

Une dimension sociétale à prendre en compte
En France, la base de la décision d’une prise en charge est fondée sur l'évaluation des rapports bénéfices-risques, sur le service médical, donc sur des critères médicaux rendus aux patients. Nous avons récemment élargi le champ de l'évaluation au volet médico-économique ; nous prenons en compte non seulement le bénéfice médical, la toxicité, la réponse des patients…, mais également les coûts supplémentaires induits. Dans un contexte où le prix des médicaments est estimé élevé, il est utile d'éclairer la discussion autour de la valeur de ces médicaments en intégrant cette dimension économique. L'évaluation médico-économique va instruire ou donner un autre éclairage aux négociations qui vont, in fine, avoir lieu entre les industriels et les pouvoir publics, en particulier le Comité économique des produits de santé (CEPS). L'objectif est de déterminer si le bénéfice médical doit être pris en charge par les collectivités et s’il y a un réel progrès thérapeutique. Lors d’évaluations technologiques de santé, d’autres dimensions, moins formalisées, sont à prendre en compte, ce sont essentiellement des questions de société : pourquoi finance-t-on une assurance maladie ? Pourquoi s’assure-t-on que l’on va bien soigner les gens ? Le but est que les personnes vivent en bonne santé et, qu’éventuellement, la population affectée continue d’être productive. Comment l’innovation peut-elle amener une modification de la prise en charge et de l’organisation des soins ? Cette dimension sociétale est importante.

RCFr, en savoir plus www.rcfr.eu

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