« Le progrès thérapeutique est dû à une succession d’innovations, de traitements et d’associations. C’est une prise en charge globale qui entre dans le parcours de soins, sur laquelle doivent être calculées les dépenses de santé ». Pour le Pr Véronique Trillet-Lenoir (département de cancérologie, université Claude Bernard à Lyon, chef du service d’oncologie médicale des Hospices civils de Lyon), le cancer est devenu un modèle de pathologie chronique, voire un modèle tout court. Le parcours de soins est capital pour mesurer l’impact de l’innovation sur l’organisation des soins (traitement ambulatoire, en ville…). Or ce n’est pas mesuré aujourd'hui, regrette le Dr Philippe Tcheng, vice-président des relations gouvernementales France de Sanofi et co-secrétaire du 7e Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) lors des Matinales de la santé sur l’innovation, le 8 juin dernier. « Cela nécessite de mettre en place des indicateurs puis d’inclure, dans la tarification, des produits (télé assistance, coaching …) pouvant générer des économies. La valeur ainsi créée peut financer le système de santé ».

« Il ne faut pas seulement le simplifier mais carrément changer le monde », souligne Frédéric Bizard. Pour cet économiste de la santé, enseignant à Sciences Po, « il faut réussir le virage ambulatoire, créer des centres hospitaliers pour les soins de jour et améliorer l’accès à l’innovation ». Aujourd’hui, on manque d’hôpitaux de court séjour, de télé structures, et tous les médecins - y compris les généralistes - sont formés exclusivement dans les hôpitaux. « Il faut une innovation organisationnelle, un virage ambulatoire », souligne le Pr Véronique Trillet-Lenoir, consciente de l’hospitalo-centrisme actuel. « Désormais, certains médicaments sont disponibles en pharmacie de ville ; or peu de choses sont faites pour la coordination entre les 2 secteurs, la valorisation des actes et la coordination entre les différents acteurs de soins ».

Certains de nos voisins sont bien en avance sur nous.  « En Allemagne, les nouvelles thérapies ont permis de diminuer le coût global des soins, grâce à une réorganisation et à la fermeture de lits d’hôpitaux », constate le Dr Eric Baseilhac, directeur des affaires économiques et internationales du LEEM. « Pas en France. Il faut donc une instance de pilotage de l’efficience ».

Gaël de Vaumas,
Directeur de la rédaction